mardi 15 mai 2007
Elephant
Arte a eu la bonne idée de diffuser, à l'occasion du 60ème Festival de Cannes, le film primé de Gus Van Sant: Elephant. Et mercredi, la chaîne diffusera un autre film du réalisateur: Gerry.
Elephant est un film largement inspiré de la tuerie de Columbine en 1999. Mais contrairement au documentaire coup de poing de Michael Moore, Bowling for Columbine, le film de Gus Van Sant ne dénonce rien. Il se contente de montrer des lycéens anodins dans un lycée banal en train de mener leur petite vie terne jusqu'au drame. Une vie d'adolescent en somme. On sombrerait vite dans l'ennui si la mise en scène n'était pas si hypnotique. D'autant qu'on connaît la fin et en attendant ce dénuement sanglant, on se sent presque obligé de se prendre d'affection pour ces mômes sans relief. Des personnages plus vrais que nature interprêtés par des amateurs, ce qui rajoutent au réalisme des scènes. Les scènes justement, lentes, filmées par un seul point de vue, ont cette langueur si typique à l'adolescence. Le film donc ne prend pas parti. A chacun donc de réagir en fonction de sa propre sensibilité et d'éprouver de l'empathie, ou non.
En ce qui me concerne, j'ai un vrai problème avec l'adolescence en
général et il m'est donc impossible de compatir sincèrement à la
détresse de certains des élèves suivis magistralement par la caméra de Gus Van Sant.
Que cette période de notre vie soit si difficile qu'elle nous fasse
parfois faire n'importe quoi, c'est une réalité qu'on se prend en
pleine figure tous les jours. Des ados qui se suicident, qui se
trucident, d'autres qui violent, qui se moquent ou qui se droguent,
c'est le quotidien banal d'une société comme la nôtre. Que les années
collège et lycée soient si interminables de souffrance qu'on en vienne
un jour à prendre un fusil d'assaut pour dégommer toute sa classe,
c'est un fantasme récurrent chez certains. Et compréhensible... Mais
rien ne justifie le passage à l'acte. A part la folie. Dans le film Elephant,
les deux ados flingueurs ne paraissent pas plus fous que les autres,
ils sont juste un peu à part. On l'est tous plus ou moins à cet âge
là, persuadé que l'on est d'être à ce point unique! Après, on s'intègre
bien ou pas. Ces deux ados là, ils ne s'intègrent pas bien. Et faut
croire qu'ils le vivent mal quand on voit le plaisir réel qu'ils ont à
tirer sur tout ce qui bouge dans ce fichu lycée... On pourrait penser
alors que malgré la violence et la froideur de leur acte, il ne
s'agirait là que d'une vengeance en réalité. Contre un monde qui ne
leur sied pas, qui ne les comprend pas. Il ne leur vient pas à l'idée
qu'ils peuvent changer intérieurement afin de ne plus être touché par
l'indifférence ou les sarcasmes de leurs camarades. Il ne leur vient
pas à l'idée que chacun souffre à sa manière et que la leur n'est pas
la pire. Il leur vient par contre à l'idée que tirer dans le tas et se
suicider après est une solution parfaitement adéquate!
Ce qui me
gêne, outre le fait que la réponse de ces deux idiots est parfaitement
disproportionnée, c'est la préméditation de la chose. Ces mômes ont le
temps de la réflexion. Ils ne font pas partie d'un gang où l'on se tire
dessus comme on se dit merde. Ce ne sont pas non plus des kamikazes
embrigadés qui défendent une cause qu'ils croient juste. Bien sûr, ils
défendent une cause: la leur. Celle de leur égo démesuré. Car il n'y a
pas plus égocentrique qu'un adolescent .
Il est probable que
seul l'un des deux soit un psychopathe, l'autre se contentant d'être un
mouton. D'ailleurs c'est l'impression que l'on a dans les dernières
images du film. Si on adhère à cette thèse, on peut estimer que le
drame de Columbine n'est pas un symptôme de notre époque tourmentée
mais juste un fait divers à mettre sur le dos des sociopathes. De là à
se demander comment un psychopathe latent en vient à se concrétiser, il
n'y a qu'un pas. Que je ne franchirais pas aujourd'hui!


